C’est précisément dans la mathématique que la relation de la connaissance à ses objets, formés par cette connaissance même, possède une transparence extrêmement instructive. Car, si les configurations numériques et les figures spatiales particulières que le chercheur constitue en objets dépendent de son arbitraire, la pensée connaissante, dès que l’objet est construit, est pourtant complètement liée à lui et soumise à la légalité immanente de l’objet. La production du problème et sa solution ne peuvent rien viser d’autre que le développement des rapports de grandeur créés par la construction synthétique même. La pensée mathématique, aussi libre qu’elle soit dans la production de ses objets, fait précisément en cela l’expérience de la contrainte de l’objectivité [Gegenständlichkeit], qui se trouve contenue dans les configurations qu’elle construit et qui oppose sa puissance souveraine à toute affirmation arbitraire. Nous voulons en outre qualifier cette relation, qui apparaît nécessairement du point de vue de la psychologie subjective comme un miracle, de logique de l’objet.
Il en va toutefois de même pour les sciences empiriques. Si les habitudes de la pensée préscientifique, relevant du réalisme naïf, le dissimulent, la réflexion logique doit du coup d’autant plus rigoureusement mettre en évidence le fait que nulle connaissance ne peut se rapporter à des objets qu’elle n’a pas elle-même conceptuellement déterminés. (p. 222)
Windelband, W. (2002). Les principes de la logique. In W. Windelband (Ed.), Qu’est-ce que la philosophie ? et autres textes (pp. 183-240). Paris : Vrin. (Original publié en 1912)
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Stéphane Vautier (12 avril 2013). Wilhelm Windelband sur la nécessité de la conceptualisation. Thérapies contemporaines (ex Épistémologie de la psychologie). Consulté le 6 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/ogo5